Musique et subjectivité dans la nouvelle droite radicale italienne – L’expérience de CasaPound

https://books.openedition.org/ms/docannexe/file/977/ms-11864-img01-small225.jpgCasaPound est un mouvement culturel, social et politique qui se définit comme alternatif aux processus de mondialisation en œuvre et à la logique marchande et consumériste prédominante. En même temps, CasaPound se présente comme la tentative de construire un espace de résistance, d’élaboration et d’action collective où l’individu puisse exprimer son engagement et sa personnalité. La musique joue un rôle fondamental dans ces processus : elle représente l’existence d’une continuité entre la dimension politique et la dimension culturelle du mouvement – on se souvient de la double casquette du meneur du mouvement. La musique ne se limite jamais au rôle de simple outil de « distraction », mais se traduit par une pratique politique d’expression, de communication et d’agrégation à travers laquelle les membres cherchent à favoriser leur affirmation individuelle et collective. Ainsi la musique, en plus d’être utilisée comme outil politique23, constitue une expérience grâce à laquelle les membres construisent et expriment leur subjectivité, et participe à la définition de l’action collective.

25 – La musique est un outil d’expression. Pour les membres de CasaPound, la musique est l’un des outils grâce auxquels ils peuvent raconter leur point de vue sur le monde, à la recherche d’une représentation de soi et de la réalité plus vraie et profonde (de leur point de vue) que celle diffusée par la culture mainstream, jugée fausse et uniformisante. Les contenus sociaux et politiques des textes s’associent à la charge expressive propre à la musique rock et Oi ! : de cette manière, la musique est vécue comme une force culturelle capable de libérer l’individu des interprétations dominantes de la réalité et de renforcer l’expression de sa subjectivité. À travers les pratiques culturelles mises en œuvre par CasaPound, y compris musicales, l’engagement individuel va au-delà du simple engagement politique et prend vite une dimension existentielle, puisqu’il concerne l’expression de la personnalité dans les différents domaines de la vie. De cette façon, une continuité se crée entre les pratiques de divertissement, de socialisation, l’action politique et l’expression d’une personnalité propre.

26 – La musique est un outil de communication. La musique fait office de moyen de communication du mouvement de CasaPound, car elle permet de faire circuler entre ses membres, à travers les textes, des réflexions communes sur le contexte politique et social, susceptibles d’alimenter la critique envers la culture mainstream et l’implication individuelle. Pour les membres de CasaPound, la musique satisfait le besoin de construire et de diffuser une vision du monde partagée – un paradigme culturel cohérent et bien structuré – pour favoriser une action pragmatique commune.

27 – La musique est un outil d’agrégation. Les rassemblements s’accompagnent souvent de concerts, de manière à impliquer des personnes extérieures au mouvement, mais aussi pour remplir de sens ces expériences collectives, grâce à l’écoute de textes fortement engagés et politisés. Par ailleurs, la dimension identitaire de la musique est assez forte pour entraver la liberté subjective, du point de vue soit de l’homogénéité des styles musicaux adoptés (principalement les sonorités Oi !), soit de la nécessité d’une forte résonance entre les textes musicaux et les orientations politiques du mouvement, raison pour laquelle les positions critiques n’émergent que très rarement.

28 – Ainsi, les membres de CasaPound perçoivent la musique comme un outil d’expression favorisant l’acquisition d’une plus grande conscience du monde à travers les textes. En même temps, la musique permet de satisfaire leur besoin de divertissement et de socialisation, en tant que pratique ludique et politique capable de favoriser leur implication dans le mouvement et sa consolidation. Par ailleurs, du fait justement de l’homogénéité des styles musicaux et des contenus politiques, les pratiques musicales participent à la construction d’un périmètre culturel bien défini et structuré, servant à l’affirmation du mouvement collectif. La musique est moins une action libre et créatrice qu’une pratique qui anime, définit et structure une collectivité. Ainsi, la musique joue un rôle déterminant dans la définition du rapport entre l’individu et le mouvement : pour les membres de CasaPound, la liberté expressive de l’individu est considérée comme subordonnée à l’affirmation collective du mouvement et au service de celui-ci. L’impossible émergence de positions critiques en son sein peut ainsi aller jusqu’à entraver la possibilité même d’une confrontation réelle entre les membres de CasaPound, du fait de l’uniformisation des registres culturels du mouvement et réduit par là même l’expression subjective de l’individu.

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