Un témoin «pas très catholique». Un proche du meurtrier présumé du curé de Kingersheim a été entendu hier.

https://www.liberation.fr/societe/2001/04/05/un-temoin-pas-tres-catholique_360251/

Colmar envoyée spéciale

Dominique Brodard, la présidente des assises du Haut-Rhin, énumère les titres du CD de musique «black metal» que vient de lui remettre l’avocat de la défense, Georges Wetterer : Funerial Fog, Carnage, Danse macabre, Bienvenue en enfer… Hier, le tribunal a cherché à comprendre pourquoi et dans quel contexte, «satanique» ou pas, Jean Uhl, 68 ans, curé à Kingersheim, avait été tué en son presbytère par son assassin présumé, David Oberdorf, 18 ans et demi à l’époque.

L’intéressé est incapable de fournir le moindre mobile. Il dit avoir agi sous l’impulsion d’un «flash satanique» (Libération d’hier), sans être capable d’aligner plus de trois phrases sur la nature du «satanisme». Il connaît bien les succubes (démons femelles) et les incubes (démons mâles), et, un jour, son ami Anthony Mignoni lui a montré un «calendrier sataniste» : «Certains jours, il y avait des choses à faire comme des messes noires, des cultes, des sacrifices de femmes vierges», mais il paraît que rien n’indiquait qu’il faille, ce jour-là, assassiner de 33 coups de couteau le curé d’un village alsacien.

Hier, le juré a donc écouté celui qui est censé être l’inspirateur de l’accusé : Anthony Mignoni, condamné en 1997 à quatre ans de prison dont un avec sursis, pour «violation de sépulture», aujourd’hui mis en examen pour apologie de crime contre l’humanité ­ il est accusé de s’être procuré un magazine nazi. Mais le jeune homme, près de 25 ans aujourd’hui, longue chevelure et barbichette au menton, a tenu à minimiser son rôle de gourou qui jamais, dit-il, n’a fréquenté de «cercles satanistes» : «Nous étions du même milieu culturel, même avant de nous connaître. Le jour de notre rencontre, il m’a emmené dans sa chambre, il y avait au-dessus du lit une photo en couleurs d’Adolf Hitler, un livre sur la sorcellerie en Provence, des fascicules du FN, une cicatrice en forme de croix inversée sur le front…» Anthony Mignoni admet avoir fréquenté les cimetières avec David Oberdorf et quelques autres : «On a renversé des croix parce que ça nous amusait. On était bêtes et méchants [titre d’un hymne RAC de Evil Skins]. On était amis parce qu’on aimait fréquenter les cimetières. On était imprégnés de cette culture de haine.» Mais jure que, jamais, son antichristianisme ne l’a conduit à encourager la mort d’un homme.

Aujourd’hui, Anthony Mignoni se dit convaincu que David Oberdorf a tué l’abbé Uhl «pour faire pire» que lui «dans un processus d’émulation dans le délire». Mais pendant que le premier, devant la cour d’assises, étale ses lectures sur les cathares, les guerres de religion, les Templiers, la sorcellerie médiévale, le paganisme, les cultes de la fécondité : «proscrits par le judéo-christianisme», le second explique qu’il a, une fois, commandé un livre ­ Satanisme et magie ­ par correspondance à l’aide d’une pub trouvée dans un journal télé. Et qu’il ne l’a même jamais lu parce que, de toutes façons, il «n’aime pas trop lire».